Texte inspiré d’une carrière empreinte de passion et d’acharnement

***Texte inspiré d’une carrière empreinte de passion et d’acharnement. Félicitations à Mr. Bruno Flamand pour son implication directe dans le sport du stock-car sur terre battue. C’est avec reconnaissance et respect que l’Autodrome Drummond souligne ton passage au niveau de différentes équipes de courses. Bruno, merci d’avoir transmis ta passion et d’avoir su laisser un peu de tes couleurs sur notre sport…Bonne retraite! ****

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’’D’après moi, avec 5 pouces de stagger pis 5,80 de gear, ça va marcher en maudit!’’… Quelques minutes avant la finale, le chef d’équipe laisse parler ses dernières recommandations. Les mécanos, outils en main, exécutent avec précision les demandes du grand manitou! Les jeux sont faits, lequel aura trouvé le subtil détail qui saura faire la différence pour la grande finale? Lequel aura su lire la piste pour en trouver ses imprévisibles réactions? Lequel trouvera le meilleur ajustement pour SON pilote? Lequel????

Il n’a probablement pas pu apprécier le spectacle, trop concentré à étudier le comportement de sa voiture. Probablement les ongles rongés jusqu’au sang, l’estomac vide car pas eu le temps de casser la croute, déshydraté par une chaleur torride…C’est ça être ‘’crew chief’’ ! L’été dernier, j’ai eu un bref entretien avec Steve Morin (crew chief de Mathieu Boisvert 73jr) après une soirée de course à Drummond. Il n’était pas en joie le chef! Il ne réussissait pas à trouver des AILES à la voiture 73jr. Accoté sur le cadre de porte de la remorque, le regard confus, il fixait la voiture avec dépit. ‘’Stie, kossé qui marche pas?…une chance que notre pilote est patient!’’ m’avait- il dit empreint de déception. Cette scène m’avait profondément marqué. Je me disais qu’il ne pouvait pas prendre toute la responsabilité de la contre-performance mais ce n’était pas le cas. Il était seul dans son monde et cherchait un semblant d’idée pour secouer sa torpeur. Ses enfants s’amusaient avec énergie dans la remorque mais Steve n’avait pas le cœur à la fête….il cherchait des AILES !

Le métier de chef mécanicien est sans contredits très ingrat. Son mandat est simple : donner des AILES à la voiture! Trouver une petite magie pour chaque virage, trouver des chevaux supplémentaires pour les lignes droites, trouver les mots adéquats pour garder le pilote en confiance…et garder les mécaniciens au sommet de leur motivation sans que personne ne touche un seul dollars!!! Dans la victoire, c’est le pilote qu’on couvre de gloire. C’est le pilote qui occupe la place de choix sur la photo du vainqueur. C’est avec le pilote qu’on veut s’entretenir…Mais qu’en est- il du chef mécanicien?

Dans le monde fermé des ‘’crew chiefs’’, seuls les plus tenaces finissent pas s’en sortir. Des heures dans le garage à vérifier, à mesurer, à chercher…des heures ou les enfants attendent, ou la conjointe patiente. Des heures dans le doute, seul dans un monde ou bien peu de gens ont accès. La prochaine course approche à grand pas et toujours pas de réponses…les mécanos s’informent, le pilote questionne. ‘’Pis, ça vas-tu marcher?’’

À force d’essayer, un moment donné, on trouve un petit quelque chose, une petite anomalie. EUREKA !!! L’optimisme nous regagne instantanément! Les sourires refont surface et l’euphorie reprend du service. L’espace d’un bref moment, l’impatience de la prochaine course nous habite. Un coup l’anomalie corrigée, on peaufine la voiture, la bichonne un peu. Un dernier petit coup de balai dans la remorque et hop! on prend la direction de l’autodrome…Et rendu sur place, les questions reviennent encore : la ‘’gear’’, le ‘’stagger’’, le ‘’wedge’’, on est tu correct?….

Mathieu Boisvert, Danny Johnson et Yan Bussière

Dans la réalité des faits, c’est souvent l’équipe derrière la scène qui procure la victoire. À la fin de la saison 2018, Mathieu Boisvert s’est classé deuxième avec un moteur 358 lors d’une course de gros blocs (remportée par Danny Johnson). À la sortie de son bolide, le pilote du 73jr était fou de joie. Dans les circonstances, c’était tout à fait normal. Steve Morin était possiblement le plus fier du groupe. Les yeux brillants, la tête bien droite, il était heureux le ‘’crew chief’’, il avait la satisfaction du devoir accompli, il avait enfin trouvé des AILES ! Lors de la photo d’après course, la ‘’gang’’ du 73jr inondait la voiture de valeureux sourire, ils étaient tous très fiers. L’estrade était en liesse et les spectateurs présents étaient, pour la plupart, médusés par la performance du ‘’Nightmare Boisvert’’. La patience et l’acharnement auront su triompher… Lors des célébrations d’après courses, quelque part au beau milieu du portrait, ‘’crew chief Morin’’ avait déjà les idées ailleurs, il pensait déjà à la prochaine course…’’Vais-je trouver des AILES?’’

Joel Brulé

Relationniste autodrome Drummond

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