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C’est quelque part au beau milieu de l’été 1984 qu’aura lieu mon premier contact avec le mythique site de l’autodrome Drummond. L’autoroute 20 séparant St-Hubert de Drummondville m’avait paru une éternité. Il faut bien l’admettre, je ne prenais pas beaucoup de plaisir à voyager, inconfortablement assis, sur la banquette arrière de notre voiture familiale de l’époque, un triste RELIANT K bleu poudre de l’année 1981. Pourquoi faire une heure de route pour aller voir ‘’virer des bazous sur un rond de bouette’’ me disais-je ? Pourquoi mon père n’avait-il pas trouvé meilleure option pour me faire passer un samedi soir d’été? En toute vérité, j’avais imaginé autre chose pour une soirée père-fils! Du haut de mes 13 ans, j’étais loin de me douter que ma vie venait de prendre tout son sens!

L’autodrome Drummond de mon époque, c’était l’ère de la ‘’grande track ‘’. C’était l’époque des grandes rivalités avec les LALANCETTE, QUENNEVILLE, CLAIR, COLETTE… C’était le début des POTVIN, GINO, ROY jr. Quelques pilotes américains avaient élu domicile : DON VAN GUILDER, CHUCK FRASIER, RAY SITTERLEY… C’était l’époque des dominations avec LAFRANCE (late modèle), MOREAU (limité), ST-SAUVEUR (amateur) et HÉBERT (novice). Bref, c’était particulièrement animé et vraiment passionnant. Le temps ou les vedettes américaines nous visitaient une seule fois par année avec les McCREADIE, TREMONT, HOFFMAN, HORTON, COVILLE et ‘’JUMPIN JACK ». La tour de contrôle, au centre de la piste, se transformait en bar clandestin dès que le soleil commençait à perdre de sa lueur. Le promoteur Jacques Lambert ne se faisait pas prier pour dévisser quelques petites « frettes » en catimini. L’annonceur Denis Duchesne soulevait la foule avec des expressions fort colorées et fabriquait des rivalités qui, dans le fond, n’existaient pas vraiment. L’autodrome Drummond avait un personnage plutôt particulier au poste de « flagman ». Vêtu de son traditionnel manteau rouge aux couleurs de la célèbre brasserie MOLSON, Paul Fradette n’hésitait pas à donner le drapeau noir et souvent, c’est en frappant sur le toit des bolides qu’il faisait appliquer les règles en piste. Un vrai cirque!

Les années passèrent et sans m’en rendre vraiment compte, au goût du jour, l’autodrome se transformait. La configuration de piste, les règlements, les classes, le personnel… Elle a grandi, elle a su traverser le temps avec panache, elle a su encadrer ses traditions et protéger son histoire. Au fil du temps, l’autodrome fût victime de rumeurs, de drames, de colères, de déceptions…mais au fond d’elle-même, elle se construisait un peu plus à chaque soir. De cette construction, tissé d’un peu de chacun de nous, naquit un lieu devenu légende à ce jour. L’autodrome Drummond, c’est un peu comme le vieux Forum de Montréal, ça transpire l’émotion et la passion.  L’été dernier, lors d’une conversation avec Brett Hearn, le légendaire pilote me racontait que gagner à Drummondville c’était vraiment particulier. ‘’Une victoire à Drummondville, c’est comme frapper un coup de circuit aux Yankees Stadium!  » m’avait-il confié. Comment remettre en question l’auteur de plus de 900 victoires en finale? Une victoire à Drummond, c’est apposer son nom à un groupe sélect, c’est faire partie de la grande et riche histoire.



Au printemps 2019, l’autodrome Drummond aura le privilège de souligner 68 ans d’existence. Ce lieu sacré pourra se vanter d’avoir traversé le temps en restant la figure de proue des pistes du Québec. Le stock-car sur terre battue est en pleine crise du changement, nage en eaux agitées, se raconte, se contredit même à l’occasion…mais une chose reste certaine, lorsque la barrière de l’institution du boulevard Saint-Joseph se hissera au ciel pour une 68ième fois, l’autodrome Drummond saura (encore une fois) faire revivre la fièvre du sport que l’ont chéri tant! Plusieurs interrogations subsistent : Quelles recrues feront leurs débuts? Quels réguliers seront de retour? Qui utilisera le W16? Les SPORTSMANS sans Martin Pelletier? La compétition en  PROSTOCK? Les kamikazes LIGHTNING SPRINT? Les rapides STR? Les spectaculaires MODLITES? Les étoiles du futur au volant des SLINGSHOTS?  Est-ce qu’une équipe aura su convaincre un commanditaire majeur? Comment réagira la nouvelle glaise?…


L’autodrome est sur le point de publier son calendrier pour la saison 2019 et son promoteur nous réserve plusieurs nouveautés qui sauront plaire à toutes et tous. Quoi qu’on en dise, on est toujours impatient de voir ce que le mythique tracé du centre du Québec nous réserve. L’hiver est à peine installé et déjà elle me semble interminable. Sans aucun doute, la lourdeur de l’attente risque de peser plus lourd qu’une ‘’ride  » de RELIANT K !

Buena Dia!!

Joël Brulé
Relationniste Autodrome Drummond